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Marie, notre fée bolivienne, nous met en contact avec Juan, guide de haute montagne. Professionnel, à l'écoute, nous décidons conjointement d'un "programme montagne": gravir le Petit Alpamayo, à 5420 metres et en échauffement, le Cerro Negro, à 5350 metres. Il nous previent de suite : nous ne pourrons pas boire de bieres, il n'y a pas de refuge dans cette vallée seulement peuplée de Lamas parfois suicidaires (ces imbèciles montent, c'est semble-t-il leur passion, et sont régulierement bloqués. Alors ils tombent). La nouvelle est accueillie stoiquement, avec gravité. Notre camping est situé à 4650 metres d'altitude.
Le premier jour n'est qu'une courte marche d'approche de l'endroit ou nous laisse le taxi, à deux heures de route de La Paz, dont une heure de piste, à ce majestueux fond de vallée, sur les bords d'un lac indécis, entre rouge vermeil et bleu profond.
Le lendemain, nous prenons le chemin du Cerro Negro à 10h00. Les vacances ! A 12h30, une barre chocolatée nous réconforte au sommet. L'après-midi est consacrée à des manipulations de corde, du "moufflage", ou l'art de sortir un copain d'une crevasse. Le tout est orchestré par maître Juan, patiemment et avec pédagogie (Note pour Manu: Plutot du style Freinet). La nuit sera courte.
"Debout les gars réveillez-vous, il va falloir en mettre un coup, debout les gars réveillez-vous on va au bout du monde !" Il est trois heures du matin quand le réveil sonne et que cette célèbre chanson d'Hugues Aufray accompagne joyeusement mon réveil. On a les excitants qu'on peut... On se véti chaudement d'un collant, très seyant, d'un pantalon "gore·tex", étanche et respirant, d'un tee-shirt si ajusté qu'il met en valeur nos grains de beauté et nos tâches de poil, d'une polaire, d'une veste "gore·tex" coupe-vent, d'un bonnet et de gants. Puis nous nous extrayons de la tente, chaussés comme des spationautes, avec aux pieds ce qui ferait passer comme delicates et fragiles des bottes de chantier. En bref, nous sommes prêts ! Mais d'abord, un petit thé dans la tente cuisine, accompagnés de gateaux raffinés (Etienne lève le petit doigt en portant la tasse, il est très distingué) nous vivifient tout à fait. Les lampes frontales débutent leur ballet, il est 4h20.
Dans l'hémisphère sud, le ciel est un spectacle renversé qui nous surprend toute cette fin de nuit. Nous marchons sur les morraines, gros caillous laissés lors du recul du glacier de manière complètement anarchique (ça se voit qu'il n'avait pas une maman devant lui quand il reculait, parce qu'à mon avis il aurait tout rangé, et plus vite que ça !) et atteignons vers 5h30 les jupons de l'insolent et impressionnant glacier. Nous plaçons les crampons sous nos chaussures et nous armons de piolets. S'ensuivent deux heures de slalom entre les crevasses, sur des ponts de neiges durcis par les 15 degrés en dessous de 0 qui ont sevis la nuit durant. La lueur du jour naissant éteint nos lucioles, dévoilant peu a peu un lac pourpre, des cimes enchanteresses drapées d·un velours neigeux. L'effort est rythmé par Juan, dont l'experience lui confère une tranquilité rassurante. Un sourire facile, concentré, ce bonhomme est l'incarnation de la "force tranquille": il montre, il nous apprend, il anticipe, il contrôle. Sam et Etienne sont encordés ensembles, Pauline et moi-même sommes avec Juan. Notre équipe est donc constituée de deux "cordées". En moins de deux heures, nous atteignons un premier col à 5100 mètres d'altitude. Une pause de quelques minutes nous fait totalement récupérer, signe d'une acclimatation réussie ! Quelques centaines de foulées supplémentaires (oui, l'économie de l'effort me fait parler en foulées...), et nous enlevons les crampons pour l'ascension d'un pic schisteux. Ce rocher, bien que s'effritant, est sain. A 8h30, nous découvrons à son sommet (5300 metres) le but de notre "course" (terme d'alpiniste emprunté a Edouard Leclerc pour désigner une promenade longue et en montagne, en opposition aux champs). Le petit Alpamayo. Le parcours est nettement visible sous un soleil éclatant. Il nous faut redescendre le rocher, puis parcourir une longue crête neigeuse aboutissant au faîte convoite. En route !
L'inclinaison de la pente nécessite l'usage de piolets-tractions, se plantant facilement dans la neige, offrant aux bras une prise solide et bénéfique. Le corps se hisse plus facilement, l'équilibre est plus sur. A noter ici la jolie performance de Etienne et Samuel, tous les deux "autonomes". L'arrête accusant par deux fois un angle de 45 degrés, il fallait être en forme et très concentré ! D'autant plus lorsqu'on a perdu un crampon (chute d'un des deux crampons d'Etienne en plein milieu de l'effort... une offrande a Pachamama nous declara-t-il ensuite...): bravo ! Je peux vous dire que c'est un peu plus simple lorsqu'on est attaché à un guide de haute montagne...
Malgré l'altitude, l'effort exigeant, l'albedo, ce rayonnement du soleil amplifié par la neige, nous apprécions en jubilant (le mot n'est pas trop fort) le sommet et son panorama dont on se demande pourquoi le futuroscope ne le propose pas encore au "cinema 360". Il est 10h30, nous sommes à 5420 mètres. Les coeurs sont chauds, c'est un bécot généreux et partagé qui immortalise l'instant. "Mais il reste la descente mon p'tit bonhomme !" me direz·vous. Et je vous dirai "c'est pas faux". "Et ce n'est pas vraiment de la roupie de sansonnet" renchérirez-vous. Ce en quoi vous auriez encore raison. Alors parlons-en.
Le soleil, présent en cette saison, cadeau de la montagne dirait Juan, est exceptionnel. Cela fait un mois qu'il n'y a pas eu de conditions aussi favorables (peut-être grâce au sacrifice du crampon). Oui, mais. Mais les ponts de neige enjambant les crevasses gourmandes si aisement évitées a la montée sont maintenant fragilisés! Les techniques d'assurage prodiguées par Juan se combinent à des plongeons spectaculaires. Médaille artistique décernée a l'unanimité a Sam. Notes: 5.7 5.9 5.8 3.4 (un jaloux). Médaille de l'engagement en profondeur décernée sans surprise 'a Pauline, qui a régalé le public par un superbe "tronc". Cette figure périlleuse consiste a ne laisser visible que le haut du corps, le reste étant habillement dérobé par la crevasse aux yeux du spectateur. Chapeau! Les notes: 5.8 6(un amoureux) 5.7 5.8.
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A 16h45, nous partageons rapidement un thé dans la tente cuisine. Nous sommes ébahis. Le rangement de la tente, de nos affaires, l'heure et demie de marche qui nous reste sont pur plaisir. Le taxi nous ramenant à La Paz, n'eussent été ses soubressauts virils, aurait sans doute été caisse de resonnance à nos premiers ronflements.
UN GRAND GRAND MERCI A JUAN, GUIDE ET PERSONNE D'EXCEPTION (Juan, si tu lis ça avant de nous emmener sur le Huayna Potosí, ne te repose pas sur tes lauriers !)
Et comme le dit si bien Hugues Aufray : Hasta luego ! |