| Moonaries: une semaine d'escalade au milieu de nulle part |
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| LES ÉTAPES - AUSTRALIE | |||
| Écrit par julien | |||
| Mardi, 18 Mai 2010 02:09 | |||
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L'approche
Les collines s'étendent à perte de vue. La végétation, telle une barbe de trois jours, masque les rides d'un visage rouge qui s'embrase violemment deux fois par jour. Les falaises de grès se dressent. Des motifs se détachent, sculptés par la pluie et le vent; des blocs cubiques empilés figurent des ruines de massives constructions antiques, des feuilles se délaminent et l'on tente vainement d'y décrypter un texte disparu, des toits sans étai défient constamment les lois de la gravité...
Pour se rendre dans ce no man's land, il aura fallu dix heures trente de voiture, auxquelles s'ajoutent deux heures infructueuses de bin diving à Adélaïde, aboutissant en courses on ne peut plus classiques au supermarché du coin. Ce trajet de 980 kilomètres nous fait longer la côte sud, vers l'ouest. La mer nous surprend puisl'élément liquide disparaît. Le bush nous engloutit brutalement: latérite, buissons épineux, lacs salés desséchés et kangourous auto-stoppeurs (au grand dam de certains radiateurs...). Cinquante kilomètres nous séparerons du premier hameau. Ne parlons même pas du premier pub.
On arrive de nuit au niveau du camp inférieur, après deux kilomètres de piste.
Dans le topo-guide, on indique une marche de trente minutes à une heure nous séparant du site. Finalement, il me faudra une heure trente pour parcourir ses trois cinquante mètres de dénivelé, avec un sac à dos de trente cinq kilos, ma guitare dans une main et un sac de provisions dans l'autre (j'avais oublié que les oeufs couvraient le fond du sac... l'omelette était bien avancée arrivé en haut). Au terme d'un effort éprouvant, et pas seulement pour les oeufs, quelle récompense!!! Le « camping », suspendu, domine majestueusement le bush. Sentiment de solitude et silence impressionnant, troublé par ces oiseaux au cri identifiable entre tous. Trois ou quatre soins gutturaux pleins d'espoir (à l'image de supporters de foot voyant l'attaquant s'approchant dangereusement du but) suivis d'un son plus long, plus grave, expression même de la déception. Soit à peu près: « Oh! Oh! Oh! Ahhhhhhhhhhrrrgggggg..... » Bon. Pas si facile que ça à décrire, je vous l'imiterai si vous voulez. Autre avantage, et pas des moindres, le réservoir d'eau de pluie est à cent mètres, et presque plein!
L'escalade
En terme d'escalade, c'est exclusivement du terrain d'aventure qui est proposé. Le rédacteur du topo croit bon de signaler, en introduction, que « les gens qui s'attendent à trouver des voies équipées, avec des spits, et qui ne savent pas poser leurs protections n'ont tout simplement rien à faire ici ». Au moins, on est prévenu.
Et voici la semaine, jour après jour.
Jour 1: « Flying butress » avec Milly, quotée 15, avec un toit impressionnant. Puis un pas un peu trop engagé pour moi qui, fort heureusement, peut s'éviter en rampant – avec quelle grâce! - sur la droite sous un énorme bloc. La sortie de la voie dévoile un plateau magique, un aigle planant couronnant le tout. Retour vers dix-huit heures, à la nuit tombante. Dégustation de pizzas préparées par Sven dans un ingénieux four portatif. Nuit profonde.
Jour 2: Temps resplendissant, nous partons à l'assaut de « garden refuses removed cheaper » qu'on peut traduire par « désherbage gratos ». Et en effet.... intérêt botanique indéniable: voie trruffée de buissons, de plantes même pas aromatiques mais épineuses, mais aussi de roches instables et de «funnel web », toiles d'araignées coniques susceptibles d'être l'oeuvre d'une des araignées les plus venimeuses au monde... Ambiance! Après un mi goreng, pâtes a la mode indonésienne, une marche d'approche de vingt minutes nous conduit sur le « great wall ». Verical, très vertical. Sven « lead » une 19 de 55 mètres, apparemment facile. C'est à mon tour et....c'est dur!!!! Je bataille très fort et, dans la seconde partie, le m'essaye aux « jams dans les cracks » ou « coincements dans les failles ». Technique à absolument maitriser pour ce type de voie. Dependamment de la fissure, on introduit les doigts, la tranche de la main, le poing, l'avant-bras ou l'épaule. En contractant les différents muscles concernés, on « coince », littéralement. Et on s'élève en tirant. Après, il faut décoincer puis recoincer. Anoter qu'on fait pareil avec les pieds. Certes pratique, ça n'en est pas moins douloureux. Sven part ensuite dans une 24, escalade fluide, accrobatique, esthétique, un autre monde.
Jour 3: brillant! Très brillant! Une leçon heureusement sans conséquence... En assurant Tee, je ravale la corde. Celle-ci vient à se dérouler dans une fissure. Je l'assure ensuite alors qu'il grimpe en tête, il me faut dès lors lui donner « du mou » au fur et à mesure de sa progression. Alors qu'il arrive au relai, sécure, je ne pouvais de toutes façons plus lui donner de corde. Elle est complétement coincée, bloquée. Sven et Millie passant en-dessous de notre voie à ce moment précis, ils grimpent jusqu'à moi (une vingtaine de mètres), me font descendre en rappel, escaladent la voie à leur tour pour permettre à Tee de descendre et pour déséquiper la voie (récupérer le matériel posé). Episode sans conséquence grave donc. Maintenant, imaginons... imaginons que la corde se fut bloquée au moment où Tee grimpait.... Imaginons n'avoir été qu'à deux dans cet endroit isolé... Imaginons avoir été dans la quinzième longueur d'une grande voie en montagne, l'orage pontant ou le jour déclinant... Il a fallu couper la corde au couteau, après maintes tentatives épiques de décoincement. Car à un moment, l'attention est relâchée et, au lieu de lover méthodiquement la corde, on la laise pendre négligemment...
Jour 4: « rest day! » Un vrai jour de repos avec petit déjeuner, guitare café puis mi goreng, le tout au soleil, suivis de cafés, guitare, mission bois - Prenez un arbre mort, testez-le en secouant bien fort. Si l'arbre se déstabilise facilement, accentuez et déracinez -, construction d'un four à pain (vive la conduction du grès!), cuisson du pain, guitare chant et percussion (répétition en vue d'un concert au camping « the Pines » aux Arapiles), le tout à l'ombre. Coucher 20 heures.
Jour 5: « great wall ». Une 16, une 17. Quinze heures au camping, mi goreng, feu, préparation et cuisson des pizzas au feu de bois. Répétition. Coucher 21h30.
Jour 6: nouveau jour de repos. Délicieux chapatis au four local.
Jour 7: rangement du camp, dernière voie, adieu des chèvres sauvages dans le soleil couchant...
C'est maintenant vers la Thaïlande que nous nous tournons, vigilants!
Bientôt les photos....
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